Une vie d'aikidoka : Daniel CIPONE

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Un petit homme se penche sur ses trente saisons écoulées !

Chères lectrices, chers lecteurs, sous forme de questionnaire, je vais tenter d'exposer, sur le vif, avec des arguments, et/ou anecdotes pris à l'instant « T » de leurs déroulements, mes trente saisons de pratique.

Il est probable que pour certains d'entre vous, la perception des évènements telle que je l'avais comprise ou reçue à l'époque, soit différente de ce que vous en aviez conclu ou perçu, aussi permettez-moi, tout de même, de vous en faire part.

Il est de votre droit le plus stricte de pas être d'accord avec mes propos.

Daniel CIPONE (Daniel sempaï).

1-Parle-nous de toi ?

Je suis né le 12 novembre 1953 à Forbach, mes parents d'origine du nord-est de l'Italie, région appelée FRIÛL (triangle compris entre l'Autriche, la Slovénie et la mer Adriatique), se sont installés en juin 1953.à Bellevue (quartier de Forbach), rue Henri Kaufmann.

Ayant reçu une éducation judéo-chrétienne catholique italienne, j'ai été baigné très tôt dans la notion de respect et de serviabilité à autrui.(nous étions « étrangers », donc il fallait indubitablement s'adapter aux us et coutumes du pays qui nous accueillait et nous nourrissait).

Nous quittions Bellevue en 1964, pour nous installer au Wiesberg, dans un logement tout confort rue des capucines(chauffage central, salle de bain).

Ma scolarité, de l'école élémentaire de bellevue, en passant par le lycée Jean-Moulin (jusqu'en troisième), pour finir au lycée technique Blaise Pascal, où j'ai passé mon Bac (G3 techniques commerciales), en juin 1973; durant la période de 1971 à 1973, j'ai lié amitié avec Michel OBIEGALA (nous étions dans la même classe), cette rencontre aura une grande importance pour la suite de mon parcours. En octobre 1973 je revêtais l'uniforme militaire pour remplir mon devoir de citoyen et ainsi pouvoir devenir français, j'ai passé douze mois en Allemagne à Müllheim en fôret Noire, dans le 53° régiment d'Artillerie anti-aérienne, alors qu'à la visite d'incorporation à Commercy, on m'avait demandé de faire un choix précis ,... j'avais choisi l'Aviation. Libéré de mes obligations militaires, et ayant mes papiers de nationalité française je poussais la grande porte des H.B.L (Houillères du Bassin de Lorraine= LA MINE), le premier octobre 1974, pour y faire carrière, et là je rencontrais à nouveau, Michel OBIEGALA.

Je me marie en juin 1977 et je m'installe à Stiring-Wendel, quartier du Habsterdick, au square Sainte Marie, et devinez qui habite le bâtiment à côté du mien...Michel OBIEGALA. Ma fille Carole naît le 28-03-1980. Je dois mettre un terme à ma carrière H.B.L, le 31-12-1999 en acceptant les conditions, de mise en Congés Charbonniers.

2-Quand as-tu commencé l'AÏKIDO et pourquoi ?

Petit retour en 1971, dans la cour du Blaise Pascal...Michel OBIEGALA me demande de l'accompagner le soir-même à Saint Avold, pour me montrer un cours d'AÏKIDO...je lui ai répondu (bêtement), çà ne m'intéresse pas...J'ignorais ce que pouvait être cette discipline...Il est vrai que les commodités de transport étaient moindres et que nos parents n'avaient aucune possibilité de nous véhiculer......

Vers la fin de 1980, début 1981, je ne me souviens plus exactement de la période, ni de la date, curieux tout de même, mais c'est ainsi...je travaillais avec Michel, et ce jour là, il me rappelait sa proposition de 1971...ce soir dit-il je t'emmène en voiture à Forbach, voir un cours d'AÏKIDO, cette fois-ci tu ne pourras pas trouver d'excuses, viens voir , tu verras, çà te plaira.......Et en effet, en arrivant à la salle de classe de l'école du centre (qui servait de Dojo), à l'avenue Passaga, il y avait quatre personnes qui pratiquaient dont deux vêtues de leurs Hakama....j'étais impressionné par les gestes et les chutes qu'ils faisaient.....J'étais emballé, je disais à Michel...çà, çà correspond à ce que je voudrais arriver à faire... »le costume » me plaisait aussi.... Nous nous inscrivions tous les deux dans la foulée....J'avais 27 ans; je lui en suis très reconnaissant.

Mon premier passeport date du 22 avril 1982 délivré par la Ligue de Lorraine de Judo, en effet à l'époque et jusqu'en mai 1983 nous faisions partie de la Fédération Française de Judo, dont nous étions une section.

3-Comment se sont passés tes cours et ta progression à l'époque ?

J'avais un mal fou à coordonner mes mouvements, mes chutes, aussi bien avant qu'arrière, étaient exécrables, je crois bien que j'ai mis, au moins plus de cinq mois à comprendre le mécanisme des roulades..., même constat pour le Shikko (déplacement à genoux), bref c'était galère, mais j'aimais çà.

Les entraînements étaient très physiques, durs, voire par moment cassant, en effet il fallait que la technique passe à tout prix, on s'en foutait d'UKE (celui qui sert de laboratoire), nous rentrions toujours avec des bleus (hématomes)...Bref nous faisions ce que nous pouvions et nos enseignants de l'époque (issus du club de Saint-Avold) essayaient de nous inculquer les bribes d'un travail à deux, sans heurts , sans confrontation disaient-ils !! ..il nous fallait tant expérimenter, tant découvrir....l'aventure au vrai sens du terme....la découverte d'une discipline venue d'un pays lointain, aux coutumes et langages que nous ne pouvions pas connaître, ni même comprendre.

Ma progression était le stricte reflet de ma compréhension et de mon aptitude à exécuter les différentes techniques, c'est-à-dire lentes et difficiles, pour preuve voici quelques dates :

6° Kyu (premier grade) = 12-12-1981 (pas de passeport à cette époque)

5° Kyu = 22-05-1982 4° Kyu = 18-12-1982

3° Kyu = 15-03-1986 2° Kyu = 13-05-1987

1° Kyu = 12-12-1987

CN 1° Dan = 23-04-1989 à Saint Avold

4-Certaines personnes du club ont-elles marquées ton parcours ?

Oui indiscutablement..., Serge SCHWARTZ et Daniel SLIWA, mes deux premiers enseignants,Salvatore SMECCA et Gilles DE CHENERILLES mes deux suivants, et Laurent FEY, mon actuel, ainsi que Jean-Marc AUBRY, notre président depuis plus d'une bonne vingtaine d'année et Thierry KIRSCH qui partagea, avec moi, durant quelques saisons, les cours jeunes.

Que dire de ces personnes... eh bien...., Serge était très physique, tonique, très rigoureux,... Daniel (surnommé GummiBall), très souple, déstabilisant, ayant un sens du déséquilibre très poussé, joyeux luron,... Salvatore (que j'ai surnommé la machine, le rouleau compresseur), extrêmement fort, puissant, très, très physique, au comportement versatile, doué d'une capacité, hors pair, à dynamiser les pratiquants pour les stages ainsi qu'à reproduire ce qu'il en avait vu,...Gilles,très souple, très fluide, une découverte d'un travail tout en finesse et en déplacement circulaire, il m'a donné cette possibilité de découvrir le travail avec les enfants, et m'a très vite formé aux cours jeunes, qu'il en soit, chaleureusement remercié,... Laurent, qui a débuté,quelque temps après moi, il avait 11 ans à l'époque et était le seul jeune parmi nous les adultes...Doué d'une capacité extraordinaire et hors du commun à chuter sous tous les angles et sous toutes les situations (je l'ai surnommé NEKO = le chat), il excelle (et encore plus aujourd'hui) tant techniquement que pédagogiquement dans tous ses cours, et je lui dois la compréhension des principes qui structurent notre discipline, en fait la découverte des rapports entre Tori et Uke, dans la construction de la Technique, il m'a toujours soutenu et respecté dans mon parcours, il continue à être à mes côtés pour m'aider à comprendre certaines situations de travail, je lui en suis fraternellement reconnaissant ...Thierry, grand gaillard bien charpenté, qui m'a aidé dans les cours adolescents avec rigueur et gaieté... Et je cite en dernier, Jean-Marc, qui m'a permis d'être ce que je suis aujourd'hui (épanoui et passionné), c'est-à-dire, responsable et enseignant de la section jeunes, il m'a toujours aidé et soutenu dans mes différents projets de mise en place des cours, ainsi que de leur progression, en soit-il fraternellement remercié lui aussi.

5-As-tu suivi un ou plusieurs Maîtres (Senseï) Experts ?

Non..., j'avais très vite compris, à l'époque où je débutais, que l'AÏKIDO était (et l'est toujours), le reflet de ta morphologie et de ton mental (état d'esprit, ta façon d'être), c'est-à-dire que chacun pratique selon sa morphologie et son état d'être, et pour pouvoir devenir « Quelqu'un», « une Pointure » en somme, eh bien il fallait faire des sacrifices (dont pécuniairement)....celui d'abandonner les week-end, sa famille, pour se retrouver sur les tatamis, en région Parisienne, ou ailleurs, pour suivre le ou les experts choisis...Et j'ai donc choisi de suivre tous les cours au club et de ne pas interférer, en dehors de ces périodes, ma vie familiale.

Je ne regrette nullement ce choix, et je me considère comme un pratiquant débutant , ayant toujours, encore, cette grande volonté d'apprendre, d'expérimenter, et de partager;... ce qui me fait penser à une phrase que YAMAGUCHI Seigo Senseï écrivait dans son article intitulé : SHOSHIN (l'esprit du débutant) et qui disait la chose suivante (entre autres) :

Quelque soit les vertus que nous pensions posséder, restons conscient que nous sommes toujours immatures et imparfaits (Il avait 56 ans et était 8° Dan), ce qui me fait rajouter que si j'avais choisi une autre orientation, je ne suis pas si certain qu'elle m'aurait permis de devenir « une pointure », car je commence à évaluer les difficultés réelles de l'AÏKIDO et ma capacité à les affronter et les surpasser.

6-Néanmoins n'as-tu subi aucune influence de la part de certains experts?

Influence, je ne sais pas si le terme convient, en tout cas il est indéniable que le passage régulier dans notre club de Forbach,de certains grands experts, a jalonné, structuré et probablement modifié ma pratique.

En effet, il était de coutume, (et celle-ci perdure encore aujourd'hui) entre Forbach, et Saarbruecken (le club de Gilles), d'inviter chaque saison les experts suivants : Bernard PALMIER, Paul MULLER, Franck NOËL, plus rarement Christian TISSIER, et à deux reprises sur Saarbruecken, Shoji NISHIO (1991-1993), plus récemment (depuis 2003-2004) Arnaud WALTZ.

Chacun d'eux, m'ayant laissé quelques points à développer et à expérimenter. Lorsque l'on débute, nous cherchons à imiter celui qui nous montre la Voie, à fortiori cette imitation n'est pas un acte intelligent, mais faute de mieux au départ nous passons tous par cette façon de procéder, mais petit à petit il faut absolument sortir de cette phase, et essayer d'être soi-même...Ce qui est intelligent, c'est comprendre pourquoi l'Expert travaille d'une telle manière et surtout quels sont les principes qu'il veut développer et nous faire acquérir.

7-Quelle est ton analyse à propos des stages ?

Ce n'est pas parce que j'ai choisi d'être casanier, qu'il faille en déduire que je sois contre les stages...Bien au contraire..., en premier lieu c'est une question personnelle de tout un chacun; c'est-à-dire, comment entrevoir sa pratique, et donc faire le choix de son orientation, quand ce choix est établi et accepté, il est indiscutable que les stages apportent un « plus » dans la pratique, et pour certains qui en font beaucoup une très nette et flagrante amélioration.

Les stages nous permettent de travailler avec des personnes que nous ne connaissons pas, d'où une richesse probable d'échanges.

Les choix pédagogiques des Maîtres de stage prennent une orientation différente de celle enseignée dans les clubs, les variations de travail (Henka Waza) sont multiples et enrichissantes.

Bref il est important de faire des stages, même si l'on a décidé de rester casanier. L'autarcie étouffe et rend stérile l'épanouissement et l'évolution.

8-Ton opinion concernant les passages de grades ?

Je dois avouer que cette question m'embarrasse ! Elle réveille en moi certains souvenirs qui me mettent mal à l'aise, soit pour moi-même, soit pour des personnes que j'affectionne...le souvenir s'appelle : « le jugement »....que l'on doit indiscutablement accepter, quelque soit le contenu de celui-ci, du moment que nous avons décidé de présenter un grade « Dan »(ceinture noire), c'est le propre d'un examen.

Les juges qui notent notre prestation sur environ moins de 18 minutes, ne nous connaissent pas, ou peu en règle générale...Si leur décision est claire et sans équivoque (exemple :grande lacune technique), le jugement ne dérange pas, par contre si leur décision prête à équivoque, du genre : votre travail ne correspond pas à notre style !!, là il y a de quoi être dégoûté et déconfit.

Ce qui m'amène à cette anecdote personnelle, remontant lors de mon passage CN1°Dan le 23-04-1989 très exactement.

Ce jour-là, lors de ma prestation, j'avais mal travaillé, et quelques lacunes techniques étaient flagrantes (on n'est pas dupe, on remarque soi-même ces choses là) ; l'un de mes partenaires d'examen, était mon ingénieur aux HBL, il faisait partie du club de Saint Avold, il était de 5 ans mon aîné, son travail était supérieur au mien et sans lacunes. Lors de la délibération des juges, nous étions,( aussi bizarre que cela puisse paraître), autour de leur table !!!!!!...et là , se battant comme des chiffonniers avec un langage du genre : oui, mais si tu le donnes à celui-là et bien moi je ne le donne pas à l'autre....Bref, résultat de leur décision...: pour moi-même : travail médiocre mais tu as de la chance que quelqu'un t'as défendu ?!?...et pour mon ingénieur : tu es récalé car ton travail est trop lent !?!....Mon ingénieur raccrocha très vite le Keiko-Gi... et moi, profondément déçu de cette décision , je portais en moi cette CN , avec un goût amer et un sentiment d'injustice....Je décidais,depuis ce jour de ne plus passer de grades. Au fil du temps, Laurent, Jean-Marc et Jonathan GAUTIER (jeune espoir très prometteur), commencèrent à me « travailler au corps » pour qu'enfin je daigne passer mon 2° Dan...ce fut fait le 24-01-2004 à Thionville, avec grand succès, dois-je dire, à un tel point, qu'à la fin de ma prestation, j'ai eu le privilège d'être félicité par Mme Le Docteur Corinne MASSON, membre du comité directeur FFAB (notre fédération concurrente et néanmoins amie, par la force des choses), qui était dans le public, accompagnant plusieurs de ses élèves...petite anecdote lors de son commentaire : j'avais éteint ma caméra, car il n'y avait rien d'intéressant dans votre travail en Suwari Waza (travail à genoux devenu très pénible pour moi, en cause, une déformation articulaire des deux métatarses)...par la suite, vous vous êtes déchainé et là j'ai oublié de la rallumer …

Laurent continua sa pression en me disant , eh bien tu ne vas pas t'arrêter en chemin, il faut continuer, et c'est ainsi que, grâce à sa préparation technique , je présentais, là aussi avec succès et félicitations mon 3° Dan le 15-06-2008 à Thionville.

Ce qui m'amène à dire que nous devons donner du sens et des jalons à notre pratique, ceux-ci ne sont que des portes que l'on pousse, pour se retrouver dans la pièce d'à côté, avec une autre porte à ouvrir et ainsi de suite, donc les grades ne doivent pas être une fin, ni un but, mais une simple étape, à chacun de se fixer son parcours. La méthodologie employée actuellement pour les jugement des grades n'est peut-être pas la bonne, mais faute de mieux, composons avec ce que nous avons, personnellement, je suis incapable de vous dire quelle serait la façon juste de juger.

9-Pourquoi deux fédérations ?

Je vous disais précédemment que nous étions une section de la Fédération de Judo (FFJDA), jusqu'en avril 1983...A partir de cette date nous devions prendre position pour être affilié à la fédération d'Aïkido, qui devait se créer, étant donné que la FFJDA avait pris la décision de se séparer de sa section Aïkido.

Lors des tractations pour la création, et l'organisation de cette Fédération , il y eu des divergences entre le leader français Christian TISSIER (revenu d'un long séjour au Japon), et le leader japonais Nobuyoshi TAMURA....De cette prise de distance sont nées les deux fédérations la FFAAA (fédération française d'Aïkido, d'Aïkibudo et Affinitaires) et la FLAB (fédération libre d'Aïkido et de Budo), qui se nommera en fait quelques années plus tard la FFAB (fédération française d'Aïkido et de Budo)....Nous avons suivis les conseils de nos aînés du club de Saint Avold, et ainsi adhéré à la FFAAA. Notre Club fut créé, officiellement le 4 mai 1983.

Malheureusement ces divergences existent encore aujourd'hui...c'est regrettable . Car il y a autant de « styles » de pratique (forme) que de Maîtres Experts, par contre il n'y a qu'un seul « fond », le creuset, là où le minerai fond et permet aux différents styles de s'écouler, le creuset et le minerai étant les principes qui structurent notre discipline (Irimi, verticalité, centrage, relâchement-contraction...).

10-Quels sont tes engagements pris au sein du club ?

Succinctement voici quelques dates et fonctions que j'ai exercé, et que j'exerce :

1981-1982 assesseur de la section Aïkido au sein du Judo-club de Forbach

1982-1983 trésorier adjoint de cette même section

1983-1984 trésorier adjoint et trésorier (en mai 1984) d'Aïkido Forbach

1984-1986 trésorier et fin de mon mandat en septembre 1986

1984-1985 début de ma carrière d'assistant à la section enfants conduite par Gilles DE CHENERILLES

1985-1994 assistant section enfants 1995-à ce jour responsable section jeunes, création en janvier 1999 de la progression technique spécifique jeunes, obtention du brevet fédéral d'enseignant, le 2-06-2000

2001-2003 création, avec Jean-Marc, d'une section jeune à Folkling 2005-2008 consultant à la commission jeune de la ligue de Lorraine 2010-à ce jour encadrement cours adultes le vendredi soir

11-La vie du club est-elle « un long fleuve tranquille » ?

Il y a des évènements, des situations, des échanges, des actions qui blessent en très grande profondeur, qui fâchent furieusement....et personne à mon avis n'en sort grandi, chacun y laisse des « plumes ».

De très grosses « divergences » d'opinions, d'organisations, de suprématie, de prépotence, ont fait déborder ce long fleuve tranquille, et ont déversé, sur ses berges la naissance d'autres clubs...profitant ainsi aux villes limitrophes de la diffusion de l'AÏKIDO.

Une phrase citée par « O SENSEÏ », à ses UCHI-DESHI (élèves internes servant également le Maître), résume les rapports humains lorsqu'ils sont corrects , respectueux, et concordants : AÏKIDO MUSUNDE HANATSU DESUKA...l'AÏKIDO c'est l'Art de s'unir et de se séparer....Il faut croire que certains pratiquants (tes) ne peuvent pas, ou ne veulent pas appliquer cette voie et préfèrent éclabousser et faire du mal, lorsqu'un partage doit être effectué.

12-Pourquoi avoir choisi l'enseignement aux jeunes ?

Comme je vous le disais précédemment, Gilles DE CHENERILLES, m'avait très tôt sollicité pour que je sois avec lui; lorsqu'il faisait son cours, en effet, comme j'étais trésorier, je venais au début de chaque cours pour régler les formalités d'encaissement et d'enregistrement des licences. Avait-il perçu ma facilité à m'adapter aux enfants ?, quoiqu'il en soit, cela a été l'élément déclencheur de mon engagement et de ma passion pour les cours jeunes.

Me divertir et m'émerveiller comme un enfant, m'ont aidé à être proche d'eux, ma rigueur et mon envie de transmettre, ont fait grandir cette passion....Et là sous forme de boutade je vous dirais que je suis le grand parmi les petits (RIRE)...enfin disons que cela n'est plus vrai à partir d'un certain âge (vers 12 ans, ils grandissent vite), et de toute façon je suis le petit au cours des adultes.

13-Les cours jeunes diffèrent-ils des cours adultes?

Je dirais tout simplement que par souci de pérennité de notre discipline, les principes de sa structure doivent rester commun, qu'il s'agisse d'un cours jeune ou d'un cours adulte, ces principes (respect, intégrité, irimi, tenkan, centrage, verticalité, flexion-extension, contraction-relâchement) sont la moelle épinière de la construction de nos techniques, ainsi lorsque les jeunes passent d'un groupe à l'autre et à fortiori chez les adultes, la codification reste la même.

Ce qui va être différent, c'est l'approche, le chemin emprunté, le vocabulaire utilisé...Chez les jeunes (surtout de 7 à 10 ans), je privilégie le langage par image, il y a le terme japonais, sa traduction la plus fidèle possible, et l'image que j'associe à tout ceci, ce qui donne par exemple :

ShomenUchi Ikkyo Omote = Attaque sur le sommet de la Tête Technique de la Foudre.

ShomenUchi Ikkyo Ura = Attaque sur le sommet de la tête Technique du Tourbillon...

Je travaille avec chacun d'eux, en leur servant d'Uke. Je les questionne souvent, en leur demandant de me dire ce qui est difficile pour eux dans une technique. Je suis à l'écoute de leurs interrogations, voire de leurs soucis...Bref, je pense que j'agis comme si j'étais un père ou un grand-père.

14-Pourquoi avoir arrêté les cours « écoles » ?

Ce grand projet a vu le jour en janvier 2000, grâce au travail pointu de Jean-Marc AUBRY, auprès de l'éducation nationale et de la municipalité.

Sachant que les trois enseignants des sections enfants (Judo-Karate-Aïkido), étaient libres de leurs obligations professionnelles (Congés Charbonniers = Merci la Mine), il nous proposa de faire une découverte des Arts Martiaux les lundi et jeudi matin dans notre Dojo, auprès des écoles primaires de Forbach et Oeting (CE1 CE2 CM1 CM2, soit 500 élèves par saison)...Il faut savoir que la municipalité souhaitait que le Dojo soit occupé presque en permanence.

Dans ce projet germait également la possibilité d'augmenter les effectifs de nos sections jeunes, en espérant que des enfants viennent s'inscrire après leur découverte. Cela a été positif pour le Karate et le Judo, mais malheureusement pas pour l'Aïkido (5 jeunes en 10 ans !!!!!).

La décision, pour nous, d'arrêter ces cours a été prise en juin 2010, Jean-Marc connaissant mes problèmes croissants et irréversibles de mes articulations, a souhaité me « soulager » de cet engagement, pour me préserver et me consacrer à notre club..;J'ai donc accepté sa décision.

15-Tu emploies beaucoup de termes japonais dans tes cours pourquoi ?

Les termes de nos techniques, saisies et frappes sont communément dits en japonais. J'ai toujours voulu saisir quelle était la signification la plus proche et la plus cohérente, à donner à nos élèves, et, donc par conséquent, je leur parle en termes japonais, tout en leur donnant, ce que j'appelle, « ma traduction, » accessible pour eux.

Il est certain que si notre discipline avait été inventé par un français, je n'aurais sûrement pas employé le japonais. Pourtant, soyons clair je ne possède pas la langue japonaise, ni sous sa forme écrite, ni sous sa forme parlée (à mon grand regret d'ailleurs), ce ne sont que des expressions du répertoire technique, et quelques mots appris sur le tas ou dans mes diverses lectures.

16-Est-il plus facile d'être élève ou enseignant ?

Lorsque l'on veut transmettre, il est nécessaire de se mettre aussi de l'autre côté de la barrière, car nous ne possédons pas la science infuse, et redevenir élève nous ouvre d'autres perspectives, d'autres vues , celles du (ré)apprentissage et de l'esprit du débutant. La position d'élève est finalement confortable, on se laisse guider, on exécute, on profite des orientations qui nous sont donnés, en somme on deviendrait presque fainéant en laissant notre cerveau se reposer pendant les gestes répétitifs.

La position de l'enseignant, quand à elle, est plus accaparante, plus contraignante, plus responsable..Mener le groupe, répondre aux interrogations, donner un sens et une signification au travail, obtenir des résultats , améliorer la situation de chacun, s'assurer de la transmission des connaissances que l'on possède, expérimenter, innover et rechercher d'autres pistes, être un exemple.

17-Le travail aux Armes, pour qui et pourquoi ?

Cette question suppose de notre part une acceptation franche et directe..., nous ne sommes pas des spécialistes du travail aux armes.

Depuis mes débuts, tous mes enseignants précédemment cités, m'ont permis une approche de ce travail spécifique, très structuré, très codifié, très rigoureux, qu'est le travail des différentes armes (Jo=Bâton, Ken=Sabre en bois, Tanto=Couteau en bois). Ce travail a toujours consisté à être capable de faire le parallèle, dans la mesure du possible, entre le travail avec une arme et sa transposition à mains nues.

Il est évident que dans certaines situations cette transposition n'est guère réalisable, néanmoins, nous devons nous attacher à développer les principes qui structurent ce rapprochement, entre l'arme et la main nue, tels que, le centrage (avoir ses mains, en toute circonstance devant soi et devant son centre corporel), la verticalité (direction du shomen de haut en bas ou de bas en haut), la vigilance (notion du danger immédiat et omniprésent), la distance, la notion d'Irimi (capacité à être toujours sur le centre du partenaire, même s'il faut changer de direction), la non- opposition (cette capacité qui permet de ne pas stopper la continuité du mouvement). Ce travail peut se mettre en place à tous les niveaux, même chez les enfants.

18-Pourquoi le travail d'Uke est-il important ?

Par cette question, nous touchons un principe important de fond. En effet sans un travail d'Uke, une technique codifiée pour sa réalisation sur le tatami, ne pourra pas se faire. Il est de notre devoir, dans notre transmission, d'insister sur ce travail, certes codifié lui aussi, de se mettre en place très tôt dans la pratique. Uke doit être capable de développer, durant sa propre action d'attaque, (par une frappe ou une saisie), une réaction proportionnelle, toujours incisive et intègre, à l'action de son Tori. Les principes, tels que, centrage, verticalité, distance, vigilance, irimi, contraction-relâchement, fluidité, mobilité doivent se développés, au même titre que ceux concernant le travail de Tori. Son engagement profond et sincère permet de mettre en place le processus de construction de la technique. Sa capacité à accepter la chute, dans des circonstances variées, vont permettre, là également, à Tori de s'exprimer sans retenue dans la réalisation de son mouvement. Nous voyons bien, que le rapport entre Uke et Tori est imbriqué de telle façon à mener l'acte d'une action vers sa réalisation finale, d'où l'importance de ce travail.

19-La codification des techniques est-elle transposable lors d'une agression ?

Lorsque nous pratiquons, nous sommes dans un cadre qui s'appelle le Dojo (lieu d'études), nous sommes soumis à une codification acceptée et en principe comprise par l'ensemble des pratiquants (tes), nous connaissons parfaitement le scénario et donc la fin des techniques, qu'elles soient d'immobilisation ou de projection, à partir de ce moment là, la seule chose, à mon avis, qui puisse être transposable lors d'une agression, c'est notre présence d'esprit, qui englobe, notre attitude déterminée (martiale), notre volonté d'agir le plus efficacement possible, et les éventuels gestes du corps, maints et maints fois répétés sur le tatami; et si une technique, telle que pratiquée au Dojo avec ses codifications, devait « réussir », ce serait le fruit du pur hasard. Un bon AïkidoKa est celui qui peut te « casser la gueule », mails il ne le fait pas.

20-Est-il nécessaire de faire des démonstrations et ou spectacles ?

Depuis que je pratique, le club a toujours fait, au moins, une démonstration par saison. Il est nécessaire de se faire connaître, en tant qu'entité pratiquant une discipline particulière, qui n'est pas médiatisée...C'est le seul moyen de montrer notre Art, dans l'espoir d'attirer du monde sur notre tatami. Une démonstration n'est pas facile à mettre en place, elle demande une organisation spécifique, comprise dans nos cours...Elle doit être autant spectaculaire que motrice d'une volonté, auprès du public, de venir pousser la porte de notre Dojo. Ce qui me fait penser à notre premier spectacle « la nuit des arts martiaux » le 24-11-1984 au C.A.C de Forbach, avec un travail très pointu pour tout coordonné, de la gestion des techniques, au sons et lumières, et autres tâches de fonctionnement, cela nous a pris pratiquement toute une saison de préparatif. Un autre gala, celui des vingt ans de la création de notre club, en mai 2003, tout autant prenant.

21-La pratique de l'Aïkido est-elle sans risque ?

Le risque Zéro n'existe pas, dans notre pratique nous faisons tout notre possible pour tendre vers ce risque zéro, toutefois il y a des circonstances qui peuvent engendrer des blessures...Dans des cas extrêmement rares, les blessures peuvent avoir des conséquences graves, comme cela a été le cas pour Jonathan GAUTIER, blessé le 22/05/1999 (il avait treize ans et demi). Sa volonté, sa détermination et son obstination au ventre l'ont poussé à remonter ,presque deux ans après, sur notre tatami. Pour moi, personnellement, cela a été un immense choc, une blessure profonde.

22-Doit-il y avoir une part de spiritualité dans la pratique ?

Sachant que « Ô Senseï » était très pieux, il aurait été, probablement, logique que cette notion soit abordée, toutefois celle-ci est absente de notre enseignement occidental, pour autant ne cherchons-nous pas à nous construire autour d'un corps sain et d'un esprit sain ? Je pense que l'on doit chercher l'équilibre entre le mental et le physique. Personnellement j'essaie d'avoir une démarche spirituelle, mais effectivement, je ne la transmets pas, en tant que telle, lors de mes cours. J'estime que chacun doit agir comme bon lui semble. L'important, c'est de diffuser un message cohérent et sain.

23-On t'appelle « sempaï », pourquoi ?

Au Japon, le « sempaï », c'est l'aîné, l'ancien...Comme étant le plus âgé et le plus ancien du club, mes pairs m'ont appelé ainsi et je porte fièrement et honorablement ce titre. Je me fais un point d'honneur d'être disponible et serviable pour tout le monde et en particulier pour les nouveaux (nouvelles) pratiquants (tes).

24-Pour l'avenir l'Aïkido restera-t-il résolument moderne ?

« Ô Senseï », en tant que visionnaire et homme de Paix, a voulu que son Art de la Paix s'inscrive dans le contexte de la société contemporaine, et puisse évoluer en mettant l'accent en priorité sur le développement spirituel personnel et sur le respect des responsabilités sociales individuelles. Il est de notre devoir de continuer à le faire évoluer, tout en sachant qu'actuellement il y a , au plan national, un déficit d'effectifs de nos pratiquants (tes) dans la tranche démographique des 14 à 30 ans ? !.

25-Y-a-t-il une explication à ce déficit ?

Nous sommes dans un monde de consumérisme, de rapidité des échanges et de communication, le rapport entre l'argent et « le produit » à consommer, se situe dans l'immédiat, et sans vouloir de contrainte, or dans notre discipline, fort complexe, l'immédiat n'existe pas, les résultats sont longs à obtenir, il faut pratiquer régulièrement et assidument. Pour les jeunes, la focalisation des jeux virtuels, sclérose leur corps et la vision réelle du terrain de notre discipline. L'image que nous donnons de notre pratique est-elle à la hauteur de leur attente ?...Je ne sais pas.....

26-Néanmoins y-a-t-il des pratiquants (tes) qui veulent se lancer dans l'enseignement des jeunes à Forbach ?

Pas actuellement, il faut dire que pour encadrer les jeunes, il faut beaucoup de disponibilité, de sensibilité, d'écoute...Bref il faut aimer cela, et je comprends que ce ne soit pas à la portée de tout le monde.

Pourtant assurer la relève par notre devoir de transmission, est quelque chose de très important et pour moi, de primordial. Mais comme dit l'adage, la guerre s'arrête faute de combattants..... allons ne soyons pas pessimiste, gardons espoir.

27-Que penses-tu de la mixité Femme-Homme sur le tatami ?

Celle-ci est importante , voire même nécessaire, car pour moi l'Aïkido n'est pas, de par sa nature ,et ne doit pas, être sectaire, ni sexiste. La codification de nos techniques est faite pour que l'on puisse pratiquer avec tout le monde. L'homme devra « oublier » de faire travailler trop, sa force musculaire, tandis que la femme, elle, devra, tout en finesse, ne jamais s'opposer (tout comme l'homme d'ailleurs), et par le jeu de ses esquives elliptiques, renforcer sa puissance musculaire. Les premières années de ma pratique, les femmes représentaient presque la moitié des effectifs....Malheureusement plus actuellement.

28-Que représente, pour toi, le Doshu ?

Tout d'abord, je voudrais dire que nous avons de la chance dans notre discipline, d'avoir une descendance « UESHIBA », pour préserver l'Art de la Paix, en effet « Ô Senseï » le fondateur, son fils Kisshomaru, le deuxième Doshu, et son petit-fils Moriteru, l'actuel Doshu, sans oublier Waka Senseï (Fils du Maître) Mitsuteru fils de Moriteru.

Le Doshu (gardien de la technique), est le garant de la technique originelle, il nous permet de pratiquer les Kihon-Waza (techniques fondamentales de base), il a la lourde responsabilité de diffuser notre Art de part le monde, il accepte les différents styles des structures non japonaises, par contre il est le farouche défenseur de la non-compétitivité de notre discipline.

J'ai eu la chance, grâce à Jean-Marc, de le voir lors de l'organisation du stage international, organisé en son honneur, pour les vingt ans de notre fédération, les 7 et 8 février 2004. Nous étions une dizaine de Forbach, parmi les trois mille pratiquants sur l'immense tatami du stade Charlety à Paris. Un moment inoubliable.

29-Mais en fait, c'est quoi l'Aïkido pour toi ?

C'est un Art Martial, à part, et à part entière...

C'est un moyen de préserver la santé mentale, par l'équilibre entre le corps et l'esprit, permettant l'évacuation et la disparition progressive du stress en adoptant une attitude plus positive.

C'est un moyen de préserver la santé physique, en faisant usage de l'ensemble du corps, en étirant naturellement les muscles et les articulations internes et externes permettant ainsi de conserver notre souplesse, ainsi qu'une stimulation du système nerveux favorisant une bonne circulation sanguine.

C'est un mode d'éducation sur le long terme, en mettant en avant un comportement respectueux de l'intégrité de chacun et en aidant à développer un caractère souple mais déterminé.

30-Que dirais-tu en conclusion ?

Nous avons tous besoin de reconnaissance...Et la mienne est présente à chaque cours, celle que vous me donnez, vous tous, grands et petits, que je sois dans la peau de l'élève ou de l'enseignant, elle me touche au plus profond de mon être. A vous toutes et tous (ne pouvant pas vous nommer individuellement, en vous priant de bien vouloir m'en excuser) que j'ai pu côtoyer et que je côtoie encore aujourd'hui, je voudrais vous faire part de toute ma gratitude pour toutes ces heures merveilleuses passées ou encore à passer ensemble sur notre tatami.

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